Salut bonnes gens!
Nous avons très souvent souligné la nécessité de préciser, dès la mise en place ou dès les prémices d'une réflexion, d'une action ("praxis" ou "poïêsis"), l' "ÉTAT FINAL RECHERCHÉ", dans la filiation de l'AXIOMATIQUE initiale (double propos: "pourquoi?" & "pour quoi"*.)
Par paresse, homéostasie, normalisation de la déviance, lassitude ou pareïdolique avatar de la pensée magique, nous nous enkystons dans la représentation de tout processus comme ontologiquement entéléchique : "la finalité était dans l'axiomatique, DONC elle perdure" ("perseverare in essendo", jolie formule de Spinoza pour préciser le concept de "CONATUS" -Ethique, III,7-!) .
Le RISQUE est de scotomiser l'ENTROPIE (accroissement du désordre et de l'imprévisibilité dans un système initialement ordonné: on peut l'interpréter soit comme une "mue", soit une "dégradation", mais pour les physiciens il y a inéluctable perte d'énergie)..
Pour éviter une dégradation trop définitive, et/ou pour se prémunir d'une pathétique dissonance cognitive quand l'écart entre le monde tel qu'il est ET tel qu'on aurait voulu qu'il fût est impossible à nier (sauf pour les intégristes, prompts à éliminer ce qui n'entre pas dans le champ de leur impérialiste paréidolie...), il convient de:
- rappeler l'axiomatique, la finalité, l'état final recherché, trop souvent implicite
- changer d'axiomatique, quand manifestement il n'y a plus congruence entre "la carte" projetée et le territoire réel (cf. Korzybski, et non Houellebecq le prédateur de concepts...).
Pour illustrer ce processus, je vous soumets une étude de cas (vous en connaissez d'autres, envoyez les moi, je suis gourmand d'expériences in vivo), sur 16 ans: conception, construction, mise en oeuvre et évolution du MUSÉE DES NOURRICES ET DES ENFANTS DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE d'Alligny-en-Morvan.
En résumé:
A/ 2010: je suis associé, en tant que Psychologue Clinicien, à un projet de Musée, dans une équipe enthousiaste et brillante (Kneusé, Correia, In situ -lié à l'ENSAM-, etc.): je suis censé exposer les errances psychiques d'un enfant pas encore sevré qui voit sa mère l'abandonner... pour aller allaiter des enfants de la bourgeoisie parisienne; les professionnels de l'architecture et de la muséographie, avec une virtuose intelligence qui m'a laissé pantois (ce qui est rare! humour!), TRADUISENT immédiatement mes propos en espaces, en volumes, en parcours (cf. les documents ci-joints).
L'axiomatique est/était ancrée sur deux pôles:
1) le cheminement du public dans le lieu (ceint par un mur "solide": la LOI, l'INSTITUTION) passe par six "maisons" correspondant à des étapes psychiques bien identifiées
2) la rencontre avec les objets est/était possible par TROIS CHEMINS:
- le "PATHOS", l'émotion immédiate (par un processus de projection et d'échos personnels: les premiers visiteurs, en masse, étaient d' "anciens de la DASS"., et il y eut des larmes...)
- un "LOGOS" succinct, information sur le contexte synchronique
- un "LOGOS" étendu, historique (diachronique) de l'objet
L'axiome était de DISSOCIER approche émotionnelle ET distanciation épistémologique**
Un telle approche était possible par une large utilisation de systèmes multi-médias interactifs.
Le projet, en concurrence avec celui d'autres équipes, passe devant un jury et... l'emporte!
B/ 2016: Inauguration après six ans de travaux: l'entropie (inhérente à tout projet: ce n'est pas une question de personnes!) a déjà fait son office:
- suppression d'un "pont" en début de parcours, où le visiteur était "privé de sensations" (noir absolu, équilibre précaire, absence de son), rappel de la "dissociation de la conscience" consécutive à un trauma
- simplification des dispositifs multi-médias.
NB: certes cette "entropie" est justifiée par des choix financiers et techniques, mais j'y vois aussi le moindre poids de l'axiomatique initiale; les projets "entéléchiques" aboutis (cathédrales, Écoles + Mairies dans toutes les communes, Concorde, nucléaire-EDF, Airbus) correspondent à des "Autorités" (Église, État) qui rappellent sans cesse*** "l'ÉTAT FINAL RECHERCHÉ", et donc l'axiomatique, comme un mantra (cf., pour mémoriser et apprendre, les rituels répétitifs qui installent une mémoire procédurale: répétitif + discontinus!).
C/ 2026: visite du Musée: tout se passe comme si tout avait été "édulcoré" (en termes épistémologiques, l'Entropie a fait son oeuvre):
- le clivage initial entre "PATHOS" et "LOGOS" est érodé (les textes de lois peints sur le mur d'enceinte ont disparu, l'explication en LOGOS n'est plus dissociée du contact initial avec l'objet)
- les dispositifs multi-média ont quasiment disparu (pannes? coût?)
- la définition "clinique" des "maisons" est inaudible
NB: de fait, l'état actuel de ce Musée (dont la visite est toujours jubilatoire!) est congruent avec les mécanismes de l'information -sic!- en 2026: LES SIGNIFIANTS DE L'ÉMOTIONS NE SONT PAS DÉCONCATÉNÉS DE L'ANALYSE, ni le Psychologique -ramené au "bien-être"- du "Sociologique" ****
CONCLUSION (aporétique?):
Faut-il accepter "l'air du temps" comme un triste FATUM (triomphe des Trump, Poutine, Hanouna, CNews, BFM, bigoteries diverses) ou rappeler, quitte à les amender, les AXIOMES essentiels?
Vive les LUMIÈRES!
Amusez vous bien!
* Aristote, dans la Métaphysique, définit la "cause finale" comme la plus importante (4 causes: matérielle, motrice, efficiente et finale)
** ... comme dans le travail de deuil: on reconnait l'Affect, sans dénégation ni déni, on en explore les détours, PUIS on peut le distancier dans une saga familiale, une épopée, une tragédie, un oratorio, une analyse, etc.
*** et quoi, il faudrait râbacher?
**** cf. https://zeugma.pro/2025/02/emotions-signifiants-des-emotions/02.html
Texte en .pdf

/image%2F0962169%2F20260415%2Fob_813797_231d849bdcba1838793cbe3aa6f42ca2-cd201.jpg)
/image%2F0962169%2F20260415%2Fob_0846ba_capture-d-e-cran-2026-04-15-a-09.png)
/image%2F0962169%2F20260415%2Fob_de4f38_capture-d-e-cran-2026-04-15-a-09.png)
