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20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 09:21

MEMORANDUM : AUTOPSIE DE L’ACTE VIOLENT

 

 

 

Le présent mémo est une synthèse des éléments cliniques recueillis au cours de quarante années de réflexion et de pratique effective. Je numérote les items pour en faciliter la citation, le commentaire et la critique. 

 

A/ CLINIQUE

 

1) Le passage à l’acte, réfléchi ou pulsionnel, émerge ou explose en réponse à une dissonance cognitive (écart entre le monde tel qu’on le perçoit et tel qu’on aurait souhaité qu’il fût, d’où une intense frustration).

 

2) Il correspond à une double incapacité , de se modifier ou de modifier le Monde :

 

a) impossibilité de modifier sa « vision du monde », enkystée dans une accumulation de schèmes :

organisés rationnellement à partir d’une axiomatique philosophique, idéologique et/ou religieuse

le plus souvent, anarchiques, uniquement initiés par les humeurs et/ou des agents exogènes (fatigue, manque de sommeil, stupéfiants & drogues diverses, déshérence familiale et déréliction sociale…)

représentation « simpliste », univoque, « holistique » , structurée par un dogme intangible qui réitère, à tout âge, le « discours Alpha » (Bion) qui rassure, par une explication magique cohérente, le petit enfant confronté à un déferlement de stimulus anarchiques .

 

b) impossibilité à agir sur le Réel :

méconnaissance des codes (séduction, marivaudage, courtoisie sociale, persuasion, argumentation, négociations, apprentissage long, assimilations culturelles …)

ignorance (failles éducatives) des « issues symboliques » : l’Imaginaire, nourri d’images simplistes et de slogans caricaturaux exogènes (média, réseaux sociaux), est brutalement confronté au Réel, sans que puisse s’élaborer des catharsis symboliques.

failles narcissiques inhibantes.

 

3) La pulsion, même dans un passage à l’acte quasi instantané, n’est jamais indépendante d’un scénario exogène : la « posture », le gestuel, les paroles et les silences ressortissent de séquences identificatoires, légitimes dans la petite enfance, la pré-adolescence et l’adolescence, inquiétantes chez l’adulte, qui erre d’un objet identificatoire à d’autres, comme en témoigne l’historique des réseaux sociaux : à l’évidence ces personnes n’ont pas encore trouvé leur « Identité », mais s’agrègent à un discours unifiant et… séduisant.

 

4) L’acte de violence est donc « mimé », ponctuellement, dans une construction « délirante » (étymologie latine : « sortir du sillon ») : le plus souvent, cette monstration n’a pas grand effet sur le Réel, sauf quand la posture utilise des armes létales : la lame d’un couteau ou une balle d’arme à feu, en ce sens, sont l’irruption brutale du Réel dans un processus délirant (« Le Réel, c’est quand on se cogne », Lacan, Séminaire III).

 

5) L’efficacité de tels passages à l’acte (de l’enfant capricieux au « forcené » et au « terroriste ») est étayée par la sidération qu’ils induisent : les passants, confrontés brutalement à « l’inquiétante étrangeté » (rupture dans la rationalité du quotidien), paniquent, régressent et s’enfuient  (le cortex « se ferme » , saturé de neuro-médiateurs issus de « l’insula », alimentée par l’amygdale) sans envisager de riposte.

 

 

6) Les seules ripostes actives sont le fait de personnes entraînées (les gestes sont inscrits dans leur « mémoire procédurale » par un long entraînement qui « by-passe » le stress) et/ou de personnes dont l’Éducation et la Culture ont forgé une solide Éthique : la perception indignée d’un acte injuste et lâche les amène à dépasser le stress, à agir pour refonder la rationalité du monde telle qu’ils l’entendent et la vivent, quitte à mettre leur vie en danger.

 

7) Les concepts de « Courage » et de « Lâcheté » peuvent s’apprendre très tôt, par des discours (contes, légendes, mythologie, Histoire), mais surtout par le Réel (actes et « modélisation » par les adultes référents, essentiellement le « Tiers Séparateur » : l’Éducation Nationale prônant le « zéro violence », les enseignants interviennent pour interdire (= refouler, au risque d’un « retour du refoulé » majeur), et non plus pour réguler les combats (→ « Un contre U», « on ne sbat pas contre un plus faible », « on ne s’acharne pas » , « on proscrit les coups dangereux » « on stoppe dès qu’un adulte le dit »…) ; l’étude des blessures après des agressions en collège montre une quasi disparition des fractures nez/arcades sourcilières/doigts, et une augmentation des côtes cassées, des traumatismes vertébraux et … des rates éclatées, ce qui implique un enfant à terre bourré de multiples coups de pieds par plusieurs assaillants.

 

 

 

B/ PISTES ET SUGGESTIONS

 

1) Face à un passage à l’acte, il importe de repérer le type de posture utilisé par l’individu (ou le groupe) pour étayer ses réponses à la dissonance cognitive : le plus souvent, le « sketch » est « héroïque », « viril », « sacrificiel », avec une absolue dénégation du Temps, de la durée, l’ « Après » étant impensable autrement que dans un univers « mythologique » (« eschatologie idéaliste... »). La perlaboration de cette posture implique une mise en scène totale (espace, temps, gestuel, emblématique, parole), séquence difficile à « jouer » longtemps ; ceci explique les « aberrations comportementales » des agresseurs, mêlant pseudo « professionalisme » et erreurs (dérapages de scénarios, oublis, erreurs, perte de chargeurs etc...)

 

2) La parade consiste essentiellement à « dégonfler » les postures :

 

a) médiation / négociation : il s’agit de focaliser le discours (« stimulus-freinage ») sur des éléments autres que les éléments de leur vision du monde : échange sur des sujets triviaux, recherche de « P.P.D.I.C. » (Plus Petit Dénominateur Identificatoire Commun) humanistes (la vie et les sentiments de leur grands-parents, le sommeil des bébés, les inévitables deuils, etc.)

 

b) si la médiation échoue, il faut une action (contre-attaque) extrêmement rapide (sans scénario de préparation qui conforterait la posture héroïque → sans « sas »), qui « sidère le sidérant » : les étayages de la posture (espace / temporalité / gestuel / énergie mise en œuvre) éclatent instantanément. Une telle pratique implique un entraînement long, l’improvisation n’a de sens que si les mouvements sont parfaitement intégrés dans une technique éprouvée (Arts Martiaux…)

 

c) après la mise hors d’état de nuire, il importe de « clore l’incident », en verbalisant clairement que l’épisode est terminé : l’Institution (Famille, Santé, Police, Justice, République) prend en charge la situation, avec ses codes propres.

 

3) Au plan plus général, il semble nécessaire d’apprendre aux enfants les Valeurs de Courage, de Lâcheté, de Solidarité , bref de mettre en application les mots inscrits au fronton de toutes les mairies : « LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ » . L’École et la Culture me semblent les pistes les plus sûres...

 

 

 

                                                                                                  Jean-Pierre Bénat

 

NB. Le présent mémo fait suite à diverses analyses cliniques, que vous (re)trouverez en tapant "violence" dans le moteur de recherche, en haut à droite de cette page...

TEXTE SUR FOND BLANC

La guerre des boutons...

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Paris, Bataclan, 13-11-2015...

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